Monsieur le Bourgmestre,


Comme vous le savez, suite aux problèmes soulevés par la société Decaux concernant une affiche faisant partie de l’exposition Art/Activisme qui a conduit cette société à retirer toutes les affiches de l’exposition sans autre forme de procès, une réunion de conciliation entre les artistes, la société Decaux, les responsables de l’exposition et les services culturels de la Commune de Saint Gilles a eu lieu vendredi 3 février.
Devant les questions soulevées, les artistes, faisant jusqu’ici fi de leur préjudice ont proposé une sortie par le haut. Il s’agit d’affecter les espaces communaux des panneaux Decaux à l’exposition « Gueules d’Amers », organisée par l’Assemblée des voisins en soutien avec des « personnes sans–papiers » qui ont obtenu l’asile à l’église St Boniface.
Cette proposition avait été faite par les artistes voici quelques semaines, et donc entièrement à notre initiative. L’Assemblée des voisins n’est donc nullement partie prenante du conflit actuel, il convient de le préciser. Nous avons simplement jugé que la qualité artistique de ce travail correspondant parfaitement à l’objectif de l’exposition Art/Activisme : « provoquer un basculement des mentalités et des consciences... » méritait que nous offrions la liberté d’expression qui nous avait été offerte à l’Assemblée des voisins. Cela répondait efficacement à la question de l’engagement des artistes face à la question sociale.
Cette proposition répond parfaitement aux critères de censure mis en avant par la société Decaux, dans la mesure où elle évite tout message politique direct (tel que « régularisation des sans papiers » ou « appel à manifestation »). Il s’agit juste de visages, d’histoires, de trajectoires, d’humaniser la question des dits «  sans–papiers ».
Les responsables culturels présents lors de la réunion ont fait valoir qu’ils devaient en référer à l’autorité politique et nous nous sommes engagés à fournir dans un bref délai l’ensemble des visuels de « Gueules d’amers ».
Quelle ne fut donc pas notre surprise d’apprendre, quelques heures plus tard que vous auriez pris la décision unilatérale et « irrévocable » de mettre fin à tout affichage en lien avec l’exposition dans les panneaux Decaux concédés à la Commune.
Cette décision, si elle est confirmée, est pour nous, artistes, inacceptable dans la forme en attendant d’en connaître le fond. Elle empiète gravement et sur l’autonomie des artistes et sur celle des responsables culturels avec lesquels nous avons été en contact depuis le début de ce projet et qui n’ont par ailleurs cessé de faire état de limites qui seraient imposées implicitement par le pouvoir communal afin de refuser certaines propositions.
Vous comprendrez que dans ces circonstances nous ne saurions accepter le refus des visuels de « Gueules d’amers », ce qui nous apparaît à cet instant, à défaut d’autres explications, comme le fait du Prince, dans une Commune qui depuis longtemps se présente publiquement comme l’ « amie des artistes », si ce n’est le « Montmartre bruxellois ».
Nous souhaitons donc obtenir un rendez-vous dans les plus brefs délais afin que vous nous précisiez votre position et que nous puissions faire valoir nos arguments. À défaut, il est évident que cette exposition ne pourra aller à son terme en ce qui nous concerne, ayant joué le jeu jusqu’à nos limites les plus extrêmes et en attendant de même de l’autorité politique, garante de la liberté d’expression.

 

Veuillez accepter, M. le Bourgmestre, l’expression de nos sentiments distingués.