Feuille de route
Objectif 2

 

« Dénonciation des pouvoirs de l'argent »
Sur la concession de l'affichage communal à la société Decaux

 

La commune de Saint Gilles loue une portion de l'espace public à la société Decaux pour une activité commerciale qui n'est pas d'intérêt public, la publicité, laquelle s'impose à tous les usagers. Une partie du prix de cette location est réglée en nature par la mise à disposition de mobilier urbain, notamment arrêts de bus et concession pour l'affichage communal des faces des panneaux les moins bien exposées, donc les moins rentables (à l'occasion de cet affichage nous avons pu constater que presque aucune de ces concessions n'est dans le sens de la circulation automobile et beaucoup occupent un angle mort). L'usage de cette concession est limité comme en atteste le retrait de l'affichage des artistes. Le représentant de JC Decaux chargé des relations avec les Communes l'a d'ailleurs indiqué en ces termes : si la Commune veut faire ce qu'elle veut en matière d'affichage, elle est priée d'installer ses propres panneaux. Le rapport de force entre la Commune et un groupe pesant 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaire, en situation d'oligopole sur le marché publicitaire et réputé pour ses pratiques commerciales agressives, est à l'évidence défavorable. Comme le sont et le seront de plus en plus à l'avenir toutes les concessions de service public. Pensons à la vente à Suez d'Electrabel, qui nous fournit désormais notre électricité et pour qui nous ne sommes désormais rien d'autre qu'un marché parmi d'autres. Pensons aux menaces de privatisation de la STIB et de la SNCB. Pensons à la disparition du Crédit Communal, banque des Communes, au profit de Dexia dont les appétits immobiliers s'imposent partout dans le paysage urbain de Bruxelles-Capitale. À notre échelle, nous croyons avoir démontré que si la Commune accepte l'invasion de la publicité dans l'espace public, laquelle est politique de bout en bout, elle n'a rien à offrir d'équivalent aux critiques de cette invasion. Et même si elle le souhaitait, il y a peu de chances qu'elle puisse imposer à une multinationale une servitude de libre expression ou même d'expression publique institutionnelle. Dans un autre domaine et à titre de comparaison, les grands groupes qui investissent actuellement massivement dans les médias le font cruellement sentir aux journalistes. C'est Edouard de Rotschild, nouvel actionnaire majoritaire de Libération qui déclarait : « je crois que c'est un peu utopique de vouloir différencier rédaction et actionnaire ». Face au pouvoir de l'argent, même les affiches les plus inoffensives des artistes, dès lors qu'elles ne cadrent pas avec des intérêts commerciaux, ont peu de chances d'accéder et de contribuer à l'espace public où « le client est ouvert » pour reprendre le texte d'une des fameuses affiches.

 

Ne pas confondre Art Nouveau et Art Decaux

 

" Quand on apprécie l’architecture d’une ville, quand on apprécie son bâti, on n’a pas besoin d’autre chose que cela. Et tout ce qui vient en interférence avec ce bâti est une façon de nier l’architecture même. Je parle là de l’envahissement progressif du mobilier urbain, qui aujourd’hui à Bruxelles couvre complètement les trottoirs, vient toucher de façon tout à fait indifférente toute sorte de bâtiments avec une violence extrêmement dure. On ne la voit pas parce qu’on s’est habitué un peu à tout parce que à Bruxelles on est habitué à voir des chantiers partout, on a donc l’habitude de voir Bruxelles en mouvement. Mais il est vrai que le mobilier urbain avec sa lourdeur, avec sa valeur symbolique très fort vient entacher la qualité des architectures à un point où on voit par exemple le musée des instruments musicaux, toute une partie du bâtiment étant d’époque art nouveau, à côté duquel on a mis un arrêt de bus en style art nouveau qui sonne comme une insulte."

 

Morizio Cohen, Microcité, Radiopanik, le 1er septembre 2004

 

Art Decaux/Art nouveau

 

Quand Decaux rencontre le Midi...

Parmi les revendications du Comité de Quartier Midi, figurait la sécurisation des blocs éventrés au petit bonheur par la SA Bruxelles-Midi... Ni une ni deux, la Commune de Saint Gilles téléphone à JC Decaux. En échange de palissades, cette société gagne l'autorisation de nouveaux panneaux, avenue de Fonsny, histoire d'enlaidir un peu plus le quartier en cours de... "revitalisation" sous l'égide des "créatifs" de l'Atelier d'art urbain (auteur du siège néo-mussolinien de la KBC). Les premières affiches installées proclamaient "Freedom of speech"...

 

Decaux et la revitalisation par les bureaux de l'atelier d'art urbain, deux sources de revenus pour la Commune et un paysage de cauchemar pour les habitants et les navetteurs...

 

La Commune s'est bien gardée d'aviser l'ASBL Respire dont elle a accepté en janvier 2006 la pétition contre l'installation d'un 8m2 porte de Halle, de celle, le 22 décembre 2005, de 4 panneaux avenue de Fonsny... par ailleurs interdits par le PPAS Fonsny 1.