Feuille de route
objectif 4

 

« Dénonciation des préjugés sociaux »
et « Basculement des consciences » (oui mais lesquelles ?)

cliquez ici pour télécharger l'image

 

Nous avons rapidement compris, à voir la mine du responsable de l'administration communale que la question des « sans-papiers » était de celles qui fâchent au plus haut niveau...
Il est symptomatique que la plupart des personnes autour de la table, lorsque la proposition « Gueules d'Amers » a été faite, n'aient, à ce moment précis, envisagé ces visuels autrement que d'un point de vue strictement politicien. On doit cependant à la vérité qu'André Golberg, coordinateur arts plastiques défendit cette proposition. Pouvait-elle passer auprès du pouvoir politique, telle était cependant la seule question angoissante qu'évoquait auprès des responsables le drame de l'Eglise St Boniface... Pour Decaux, aveu s'il en est, le seul risque était de choquer... « le Fédéral ». Et pour le responsable de l'administration communale, évidemment le « Conseil Communal »... dont on apprendrait dans l'après-midi qu'il se résumait au Bourgmestre, pourtant théoriquement empêché.

Les correspondances suivantes résument au mieux ce qui s'est joué à ce moment-là par rapport à l'objectif de « basculement des consciences » :

cher Bernard,
finalement, si j'ai bien compris, picqué prend la décision d'arrêter
purement et simplement la campagne d'affichage decaux, décision sans
recours.
pour ma part, je ne puis plus rien faire.
bien à toi,
André Golberg

 

cher Bernard,
je n'ai pas eu plus d'explications que ça, et c'est via-via que j'ai reçu
cette information. et je ne pense pas que vous recevrez (ni moi d'ailleurs)
un avis concernant cette décision.
donc en résumé, si j'ai bien compris, c'est le pouvoir communal qui décide
de ne plus laisser à la disposition du ccjf les panneaux decaux qui lui sont laissés en gestion pour l'affichage d'intérêt public, jugeant que les messages induits dans certaines de vos affiches sont, j'imagine, par trop subversifs.
il est évident que cette réunion de vendredi s'est mal conclue et que Jean [Spinette]
était malheureusement mis au pied du mur devant votre ultimatum et
qu'il s'est senti menacé, et personnellement et professionnellement.
sa position en tant que responsable de la gestion du service culture ne lui
permettait plus de gérer cet incident seul, sous peine de sanctions de la
part de sa hiérarchie. c'est donc remonté jusqu'à la bourgmestre et le
conseil des échevins.
je n'ai pas eu plus d'explications que toi mais voilà ce que je suppose.

André Goldberg

 

De Benoit à bernard
quand même sans déconner, quand on leur propose des mecs dans la
clandestinité qui peuvent être arrétés, enfermés et expulsés, et ont le
courage de s'exposer, jamais ils arrétent de penser à leur nombril ? Il
veut quoi, une campagne d'affiches pour le pauvre Spinette qui a des
gros malheurs ? Tu vois, ils ont tenu l'affiche dans leurs mains, ils
l'ont regardée avec l'oeil "ça peut-y passer" et PAS UN INSTANT ils
n'ont vu de quelle détresse ça parlait (après tu comprends mieux que
quand ils sont aux manettes, et bien ils s'en foutent et ne se rendent
même pas compte qu'avec leurs putains de lois ils enferment y compris
des enfants). Et nous d'ailleurs y avons-nous pensé à ce moment-là ? Y
pensons-nous vraiment ?
Et moi maintenant au-delà de nos petits
ennuis et de ce qu'ils révèlent qui est certes bien intéressant, ce que
je voudrais, c'est que ces mecs VOIENT enfin ces affiches et soient
obligés d'y réfléchir, y compris en puisant comparativement dans
l'immensité de leur lâcheté, je veux qu'ils aient honte de leur défense
pleurnicharde. On est en plein dans
la problématique de ton installation, l'art et l'activisme comme bonne
conscience, cad comme mauvaise foi, comme paravent du crime. Et il ne
faudra pas oublier de dire les choses comme ça avant tout. Avant tout.

 

On perçoit que dans certains cénacles politiques, y compris socialistes, la question des « sans-papiers » est devenue une sorte de tabou. Et on comprend mieux les difficultés incroyables que rencontrent les militants qui soulèvent la question. Dans le cas présent, les affiches refusées par Charles Picqué et qui faisaient si peur à ses subordonnés, ont été publiées dans le supplément commercial « Victor » du Journal Le Soir une semaine plus tard... Et elles figurent sur le site officiel de la Commune d'Ixelles où se trouve l'Église St Boniface... Qu'une telle erreur d'appréciation ait pu être commise est au minimum l'indice que certains responsables politiques ont totalement perdu le sens du possible, si ce n'est des réalités. Comme le fait remarquer l'Assemblée des Voisins d'Ixelles, les affiches « Gueules d'Amers » ont d'ailleurs été accueillies très favorablement par la population, et notamment les commerçants, réputés « conservateurs ». Mais s'agit-il seulement d'une erreur d'appréciation ? La demande de rendez-vous à Charles Picqué étant restée sans suite, l'investigation artistique en reste là... pour l'instant...