Feuille de route
objectif 5

 

« critique du monde institutionnel de l'artá╗

 

Certains se demanderont sans doute ce que des artistes sont allés faire dans une telle farce... Et bien, c'est qu'ils n'ont pas le choix ! Que l'exposition s'intitule « A(rt)ctivisme » (CCJF Jacques Franck 2006), « Le temps vite » (Beaubourg), « L'art comme résistance à l'art » (ISELP), ou « Arrêt de Tram », la division du travail entre « faiseurs d'expositions » et artistes est telle qu'il n'y aurait d'autre choix que de disparaître... Et dans ces espaces de « monstration », la première des censures est évidemment celle de la sélection des invités... par des exécutifs que les artistes ne se souviennent pas d'avoir élus, suivie de près par l'autocensure qu’il serait mal-venu de pratiquer préventivement.
L'exposition a(rt)ctivisme se prêtait particulièrement, de par son titre, à une participation raisonnée. Suffisamment contradictoire pour générer des problèmes intéressants, simplement en en jouant le jeu le plus loyalement de bout en bout. Aucune provocation de notre part, et beaucoup d’arrangements jusqu’à la censure inacceptable des affiches de « Gueules d’Amers » et qui pour nous constitue une vraie censure politique, aussi brutale que directe. Finie la comédie !
Nous avons mené la bataille du Quartier Midi parce qu’elle nous tient à coeur en tant que riverains ou même habitants de ce quartier en tentant par tous les moyens d’imposer cette problématique qui nous paraît d’intérêt général pour tous les Bruxellois confrontés à la pression immobilière agressive et entendent que les pouvoirs publics les en protègent.
D’un point de vue purement artistique, notre démarche est parfaitement inscrite dans les approches déconstructionnistes, processuelles et contextuelles. Hans Haacke, cité en exemple par André Goldberg lors de la préparation de l'exposition ne faisait rien d’autre en inaugurant ses fameux « systèmes sociaux » par l’exposition brute des pratiques spéculatives du groupe immobilier qui finançait l’institution artistique l’accueillant. Et cela afin que l’art ne soit pas une sorte de paravent du crime.
Et ce que nous découvrons devrait inquiéter le « public » dont l’« éducation » est tellement mise en avant par les politiques culturelles. Politisation à outrance d’un centre culturel, chaîne hiérarchique directe., crise d’autoritarisme, absence flagrante de réflexivité et d’autodérision, voire de toute espèce de sens de l’humour… Soumission à tous les étages. Tel est l’espace de liberté artistique que nous avons découvert… Et charge encore aux artistes de cautionner ce système en s’offrant en gage de la liberté d’expression.
L’exposition n’est pas terminée… Le Work in progress continue, en espérant y puiser peut-être le moyen de faire « basculer les consciences », mais pas celles du public, mais bien plutôt de ceux qui assument la difficile tâche de faire fonctionner, entre autres choses, un service public de la culture digne… du public, c’est à dire de nous tous.
On nous traite d'idéologues... Mais croit-on vraiment qu'on fait basculer les consciences, que l'on met les responsables culturels et politiques devant leurs responsabilités, qu'on libère et régularise des sans-papiers par des débats policés dont les intervenants sont soigneusement sélectionnés pour leurs bonnes manières ? (Débats qu'en outre on ne saurait organiser à St Gilles dans une salle communale...). Ou la liberté d'expression ne vaut-elle que si l'on n'a rien à dire ? On se souvient de l'exposition au petit château célébrant le centième anniversaire de la Ligue des Droits de l'Homme où des artistes mettaient en « oeuvre » les grands principes... sans même un regard pour le lieu où ils exposaient... Ou de la manifestation « Chahut » aux Halles de Schaerbeek qui mit en scène une parodie de militantisme alors que la ville était en ébullition pendant le sommet de Laeken. Ce jour-là, le monde culturel bouda le « débat » avec un groupe de chômeurs qu'avaient imposé les artistes militants de Ne Pas Plier contre leur participation au vernissage... « ce que vous dîtes est trop violent » s'excusait déjà une responsable culturelle...
L'idéologie dominante a aussi son esthétique, de l'art et du « débat », de l'art de débattre et du débattre de l'art. Sa revendication de singularité qui occupe tout l'espace culturel est pour le moins paradoxale...