Dans le cadre de l'exposition a(rt)ctivisme au Centre culturel Jacques Franck, l’association PTTL et le groupe des diables roses ont obtenu la mise à disposition de 15 faces de panneaux Decaux concédées à l'affichage communal. A travers ce projet, les artistes proposent une alternative visuelle au monopole du discours publicitaire dans l’espace public.

Les 2 premières semaines se passent à peu près sans problème mis à part le fait que Decaux perd mystérieusement 5 affiches en prétendant qu'elles n'ont jamais été remises. La troisième semaine, une affiche installée dans le goulet Louise déclenche les hostilités. Il s’agit du détournement d’une affiche publicitaire pour des chaussures de luxe sur laquelle est peint le slogan "100% des Belges n'ont pas voté le hold-up néolibéral européen". Bien que la marque des chaussures soit volontairement masquée, son fabricant reconnaît le visuel et menace la société JCDecaux de poursuites judiciaires. Soucieux de préserver ses clients, Decaux décide alors de retirer, non seulement l'affiche problèmatique mais aussi les 14 autres et cela sans demander l'avis des artistes ni des responsables de l'exposition.

Une réunion de conciliation est organisée entre Decaux, les responsables de l'exposition, le directeur des services culturels de la Commune et les artistes. Decaux rappelle que la société a fixé comme règle de ne pas permettre l’affichage à caractère politique, religieux ni commercial dans les panneaux concédés à la commune. les responsables culturels ignoraient cette clause et semblent embarrassés d’avoir autorisé 3 semaines d’affichage à "caractère politique". Plutôt que de défendre l’autonomie de leur politique culturelle, les organisateurs souhaitent alors continuer le projet en acceptant le nouveau système de contrôle qu'induit Decaux : les affiches doivent être approuvées par le Conseil communal et par Decaux. C'est inacceptable pour les artistes qui déplorent le manque d’autonomie d'une entité publique vis-à-vis d’une multinationale tel que JC Decaux. En effet, comment les artistes peuvent ils continuer à faire de "l’activisme" sans contenu politique ?

Les artistes proposent une sortie par le haut. Installer les affiches de l'exposition"Gueules d'Amers" de l'Assemblée des voisins dans les emplacements communaux. Il s'agit de portraits de personnes "sans-papiers", réfugiées dans l’église St Boniface à Ixelles, sans message politique direct (de type appel à la manifestation ou régularisation). Le représentant de Decaux estime que les portraits de sans-papier peuvent "choquer le fédéral" et qu’il devra en référer à sa hiérarchie mais il ne dit pas non a priori. Le responsable des affaires culturelles doit, quant à lui, soumettre le projet au conseil communal.

 

Quelques heures plus tard, les artistes sont informés par André Goldberg, programmateur arts plastiques du CCJF, que Charles Picqué décide d'arrêter tout affichage dans les panneaux Decaux, que la décision est "irrévocable" et qu'il ne peut plus rien. N'acceptant pas le fait du Prince, les artistes envoient une lettre à Charles Picqué demandant à le rencontrer de toute urgence pour obtenir des explications sur cette décision et faire valoir leurs arguments.

 

A titre de rappel, les intentions de l'exposition sont

 

"...Et certaines oeuvres iront dans le sens de la dénonciation des pouvoirs de l'argent, de l'information, de l'appareil politique, des préjugés sociaux, ou encore une critique du monde institutionnel de l'art ..."

"... Ces artistes proposeront un regard souvent critique face au monde et à la société; avec l'espoir de créer un espace de liberté étant à même de provoquer un basculement des mentalités et des consciences..."